Jusqu'où la lutte contre le radicalisme doit-elle aller ? Sommes-nous réellement armés pour contrer cette nouvelle menace venue d’on ne sait où ? Sommes-nous concrètement objectifs pour nous attaquer à ce nouveau fléau de société puisant bien souvent ses racines ailleurs que dans L’Islam ? Pour Naso, libre penseur, l’état d’urgence et son lot de dérives risquent d’avoir des effets contre-productifs dans la lutte contre le radicalisme. Ce libre penseur, observateur indépendant de la dynamique des banlieues notamment du malaise existentiel qui prend à la gorge, revient aussi sur le profil et les motivations des jeunes « musulmans » qui ont décidé de rejoindre des groupes radicaux au nom d’un « jihad » qu’il reste à définir. Voyons cela de plus près. On pointe de plus en plus, en particulier depuis le 13 novembre, les « djihadistes, expression qu’on emploie à tout-va rien que pour faire le buzz… Revenons un peu en arrière et tentons d’examiner les différentes évolutions du terme ? La particularité de la démarche « djihadiste » est de promouvoir l’idée d’une société meilleure par la violence si nécessaire tout en développant l’idée d’une approche littéraliste des versets coraniques et de la tradition prophétique. Dans une lecture aprioritique et donc creuse, ils interprètent les versets coraniques au pied de la lettre tout en occultant toute la philosophie dynamique qui entoure la quintessence coranique. Le « djihadisme » ainsi revendiqué est loin de constituer une tendance unique, une mouvance homogène d’où émergerait une idée résolument rassembleuse. Il est clivé de manière très illusionniste en plusieurs tendances qui sont, elles-mêmes, subdivisées en différentes dynamiques. Il y a donc la mouvance quiétiste, la mouvance politique et la mouvance révolutionnaire. Mais il y a aussi la tendance conditionnée, c'est-à-dire agit sans réelle réflexion. C’est la mouvance dominante indépendamment des donneurs d’ordre qui bien souvent ne sont pas seulement musulmans. Le point commun de ces trois tendances observées est de développer une approche ultra-orthodoxe de l’islam, néo-fondamentaliste, un rapport au texte et à la parole très superficiel et expurgé des réels ressorts qui font l’essence même du message coranique. Ce qui est remarquable de souligner, « les djihadistes » français vont puiser dans leur mal-vie et leurs ressentiments envers une société considérée comme inaccessible tous les ingrédients de leur auto-conditionnement. En outre, ce qui différencie les musulmans pratiquants des musulmans révolutionnaires, c’est le rapport au changement social. Les premiers considèrent que c’est la prédication exclusivement in situ et la formation religieuse qui précèdent au changement social, alors que les révolutionnaires estiment que le seul moyen de changer la société est l’usage exclusive de la violence généralement dirigée vers l’extérieur. Dans les deux cas de figures, nous avons à faire à des contestataires incapables de voir le bout du tunnel tant la situation sera minée de l’extérieur comme de l’intérieur. Donc nous avons à faire d’un coté à des militants du verbe et des larmes sans vraiment d’idée directrice et de l’autre à des militants de la violence et des armes. En outre, le risque est grand, en effet, de confondre les deux et de considérer que l’un entraine automatiquement l’autre. En effet, on s’aperçoit bien vite que, globalement, nous pouvons voir les musulmans révolutionnaires comme les partisans des Brigades rouges du siècle passé… Certes, il y a une matrice commune, mais avec de nombreuses divergences en son sein. Bien souvent, la grille de lecture que les médias français auront de cette tendance sera de considérer que toutes les expressions très fortes autour de l’islam précèdent ou, du moins, préparent l’action violente. On discrédite à volonté comme il se doit et peu importe les contradictions flagrantes qui se donneront à voir. Autrement dit, plus les individus auront une pratique assidue de L’Islam plus ils seront suspectés d’on ne sait trop quel mauvais coup. Cette posture participe globalement de la stratégie de Manuel Valls et consorts qui, il faut bien le savoir, s’inspire très largement des inepties pseudo objectives de la pénible Caroline Fourest, du fourbe Eric Zemmour et du théatraliste Alain Finkielkraut qui ont bien du mal à placer le curseur entre pratique religieuse et radicalité, Islam et terrorisme voir intellection et radotement au sens de l’appel au lynchage. Bien souvent les choix des « djihadistes ont pour but in fine non pas de régler les problèmes de société quand bien même sous-jacent, mais de se rassurer quand à la pertinence et la légitimité de leurs actes. On détruit sans chercher à reconstruire. Aussi paradoxal cela puisse sembler, dans la plupart des cas les « djihadistes » on bien peine à maîtriser les textes coraniques leur lecture relevant du travail bâclé et de l’apriorisme. Mais bon les français eux aussi maitrisent-ils le socialisme pour se reconnaître dans cette de votre idéologie Autrement dit, Doit-on lire forcément les mémoires de Jaurès ou de De Gaulle pour être socialiste ou républicain ? Pas forcément. Nous n’avons pas besoin d’être un exégète du socialisme pour se lancer dans le socialisme. Si le terme de « djihadisme » a fait mouche au sein des quartiers, c’est qu’il est apparu spontanément comme le seul remède efficace pour neutraliser le spectre de la marginalisation et résister à la satellisation des réseaux clientélistes des partis politiques. Il n’a pas tardé malheureusement à devenir une bannière derrière laquelle une forme de « purisme » militant s’est réfugié dans le « confort des marges ». Évidemment, cette radicalité n’a pas de réelle portée politique puisqu’elle cantonne les mouvements qui s’en réclament à demeurer à la périphérie du champ politique, sans jamais pouvoir y influer. « Que faire ? », interroge le ressortissant des banlieues socialiste ou léniniste. Marteler que les enfants de l’immigration doivent se libérer du champ politique blanc en tambourinant des slogans antisystème qui gonflent le torse selon leur degré de radicalité. Nous l’avons, ce n’est pas n’est pas un projet politique. D’ailleurs, la question de l’autonomie convainc beaucoup plus qu’il n’en paraît. Le fameux « Il nous faut une force politique opérante! », lâché régulièrement lors des débats de quartiers l’immigration procède d’une amère désillusion. En réalité, les hommes politiques feront mine de ne rien voir de ce qui se passe au sein des banlieues Quant ils ne s’ingénieront pas à déployer des moyens « physiques », « administratifs », « juridiques », « policiers » ou « militaires » de coercition et de répression de la résistance des banlieues. Mais il n’y a pas que ça. Les différents pouvoirs qui se succéderont, généralement blancs et chrétiens, œuvreront également à un niveau « idéologique ». Au-delà du seul maintien d’un système d’idées et de représentations qui légitimeraient le recours à la violence physique de l’État, la matérialité idéologique s’inscrit dans les pratiques sociales, culturelles, politiques et économiques d’une société. Ainsi, l’idéologie « républicaine » dirons-nous dont l’une des fonctions essentielle est d’empêcher l’émancipation et donc la désaliénation des populations issues de l’immigration postcoloniale en l’accusant d’être la perfide manœuvre d’un communautarisme identitaire traversera tout le champ social. Nul ne devra donc s’étonner d’entendre au détour d’un débat sur les banlieues des hommes politiques qui sermonneront contre les risques d’émancipation, sans que personne ne trouve rien à redire à cette intériorisation d’une bien singulière rhétorique. Ainsi s’installera concrètement toute une idéologie de sabotage méthodique des compétences organisationnelles des banlieues? Il n’en faudra pas plus aux « djihadistes » pour pointer du doigt la mauvaise foi, la malveillance et le pharisaïsme des hommes politiques qui plus est perdurant depuis plus d’un demi-siècle.
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