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La problématique des banlieues

Publié le 21 Octobre 2014 par Nasser Adjissa in Banlieues

Dans un premier temps, je demanderai à l’assistance de bien rester accrocher à ses sièges en ce sens que la suite risque de s’annoncer houleuse tant les esprits n’auront pas été préparés à tant de vérités difficiles à entendre qui plus est admettre. Le ton sera cassant, inflexible mais toujours gardera une nécessaire part d’objectivité afin de donner crédit et recevabilité à nos propos. Mais que tout le monde se rassure afin d’être fixé quant à l’objet de notre démarche, il ne s’agit pas ici de faire dans un catastrophisme de comptoir que de relater point par point des faits que nul ne pourrait contester. En outre, notre démarche ne tend pas tant à provoquer la compassion que convoquer le bon sens au sens d’une prise de conscience réaliste de la situation. Pour ne pas aborder de front l’objet de notre conférence, parler des banlieues, que je qualifie non sans idées bien arrêtées de périphérie au sens d’un repositionnement aux abords de la société et non plus en marge, ce n’est pas seulement parler des caporaux de quartier, ces princes des cités mais gueux de la société, mais c’est aussi et surtout parler de ces millions de gens qui se lèvent tôt cependant victimes directes d’un système inique qui durant des décennies autant dire près d’un demi siècle déjà instrumentalisera comme pas possible cette question un peu comme un vendeur de maquereau crie à l’envolée pour écouler sa marchandise. Je sais pertinemment que mes propos pourraient paraître durs, crus sinon déplacés. J’ai parfaitement conscience que certaines âmes sensibles vont se sentir comme offusqués par la dureté de cette élocution, mais aussi incroyable cela puisse sembler soit par ignorance des faits soit par pharisaïsme très peu sinon personne ne trouvera nécessaire de se dresser contre ce que l’on pourrait voir comme la plus incroyable fumisterie de ces cinq dernières décennies probablement pollué comme ils le seront par les seuls thèses avancées par le pouvoir politique. De toute évidence très peu s’attacheront à savoir se suffisant des bribes informationnelles que distilleront les différents pouvoirs en place qu’ils soient de droite comme de gauche d’ailleurs. Que tout le mon se rassure, l’objet de notre démarche n’est pas tant de braquer les esprits contre la république que de les inviter à changer de braquet dans l’idée de se faire une meilleure idée, une image plus réaliste, de ce que banlieue veut dire. Et nous n’en sommes qu’à l’amuse gueule, c’est dire. De façon assez paradoxal s’il en est, la stabilité de la périphérie passe nécessairement et inéluctablement par le regard qui est posé sur elle. Hors il se trouve que durant des décennies instrumentalisée par la gauche, diabolisée par la droite et objétisée par les deux parties, à aucun moment la périphérie pourtant soucieuse de faire son petit bonhomme de chemin ne sera laissée en paix, comme si elle portait en elle un sceau infamant qu’un regard trop sourcilleux ne saurait trop voir. La périphérie se cherche et elle s’est retrouvée non pas dans une vision positive d’elle-même, mais dans une image négatiste et donc trompeuse que colporteront à outrance outre les hommes politiques, les hyènes ricanantes et glapissantes. La boucle est désormais bouclée, à la périphérie de faire avec, quitte au passage à s’auto-déprécier, s’auto-flageller voir même remettre en cause les fondements même de sa personnalité. Il faut dire que pour les esprits notamment pour la périphérie ce ne sera pas de tout repos. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Ce qui est remarquable de noter ici, autant la périphérie sera victime d’un système inique dont on se demande quand est-ce qu’il prendra fin, autant elle sera la première victime des caporaux de quartiers allant même jusqu’à recruter des enfants pour faire leurs basses besognes. L’un dans l’autre personne n’épargnera personne, tout un chacun trouvant son compte dans l’exploitation de la question périphérie autant dire les banlieues. Mais bon nous ne sommes pas là pour nous essentialiser sur les caporaux de quartier dont la capacité de nuisance n’est plus à démontrer ou presque, que d’éclairer sous un jour nouveau la véritable problématique des banlieues. Il fut un temps où la politique dite objective consistait à rechercher le dessous des cartes. A en croire l’attitude clairement exprimée par les politiques de droite comme de gauche, il semblerait que cette attitude soit révolue. On ne cherchera pas tant à comprendre, disséquer, analyser et expliquer une problématique perdurant depuis près d’un demi siècle qu’à l’exploiter sous sa forme maximale un peu comme on attendrait que ce décompose le fumier avec les odeurs en plus. Référence faite, cela va de soi, aux bruits et aux odeurs du pénible Jacques Chirac et consort. Et les odeurs de soufre, voir le bruit de bottes des CRS, ce ne sera certainement pas ça qui fera défaut. C’est le moins que l’on puisse dire. En fait, les hommes politiques auront plus pris l’habitude de brocarder la question périphérique que les nécessaires réponses que tout individu sensé se serait attaché à proposer. Un comble. En fait, les hommes politiques, pharisaïques comme ils sont, se contenteront tout bonnement de poser la question sans chercher la moindre réponse à un phénomène de société qui n’aura de cesse d’empester la société comme pas possible préférant selon toute vraisemblance de se contenter de dénoncer un pourrissement observable plutôt que d’y remédier. Une investigation éclairante des ramifications à l’œuvre sera pourtant à portée de clic de n’importe qui. Pourtant un centre de réflexion chargé d’évaluer le malaise périphérique et donc des banlieues, se trouvera à la portée de réflexion de n’importe quelle andouille. Une fois de plus nous ne pourrions nous empêcher de dénoncer durement la main mise, mais aussi la légèreté avec laquelle hommes politiques et hyènes ricanantes et glapissantes caricatureront la question périphérique. En fait, tout se passera comme si les politiques naviguaient à vue, incapables de s’inscrire dans une vision à plus long terme. Mais en fait, loin de toute démarche accidentelle, tout se passera comme si la périphérie ne devrait d’aucune manière dépasser le cap des bras mais pas de la tête. Une autre façon de dire que la guillotine aurait été réhabilitée certes de manière symbolique d’un certain point de vue, mais pas aussi symbolique que ça vu sous un tout autre angle. La périphérie n’est pas dans la merde. En cet endroit, abandon sans surprise des banlieues livrées à elle-même, désertion des forces de l’ordre, désertification du tissu économique, sabordage des structures de l’éducation nationale somme toute bradées, confinement de la périphérie dans un espace géographique glauque et délétère. Si cette entreprise de la terre brûlée, véritable politique de la tabula rasa, ont implicitement valu aux hommes politiques le satisfecit du front national, elle ne peut en revanche que susciter déception et colère parmi la périphérie et la condamne à terme à perdre le peu de légitimité et de crédibilité politique qui lui reste. Seule échappatoire, un peu comme on demanderait à un borgne de se crever l’œil restant, reprendre la main sur les questions de politique intérieure est une stratégie qui ne pourra faire que ses preuve à plus ou moyen long terme. En effet, ce n’est certainement pas en un quinquennat que les politiques pourront réparer ce qu’ils auront saccagé en près d’un demi-siècle. Mais on ne désespère pas de voir un jour un homme politique intègre se lever pour réparer tout ce carnage. Ah, il n’en existe pas ou si peu ? Il faut dire que la fuite en avant, ce ne sera certainement pas cette option qui fera peur aux hommes politiques, incapables de se dire qu’il aurait mieux valu traiter la périphérie d’égal à égal, somme toute comme tout français, au lieu de la marchandiser comme tel est le cas actuellement. Pour ne pas approfondir la question, le malaise périphérique, la panique morale, est une réaction naturelle à un danger réelle ou imaginaire, amplifiée ou objective. Elle surgit lorsqu’une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est montré par le pouvoir dominant, les médias ou la population comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société. Or il se trouve, notamment depuis la venue au pouvoir du pénible sarkozy, que la périphérie sera mise à toutes les sauces notamment les plus insanes, que même des chiens affamés auraient refusé de manger. Racaillisée pour les uns, sous-hommisés pour les autres, autant dire des sous-hommes, il va sans dire que tout le monde ira de son laïus imprécatoire, de sa joute détestatoire. Somme toute rien qui ne permette à la périphérie de se dire un jour qu’il fait bon vivre au pays de Montesquieu, de Montaigne et de Lamartine. Cette façon de faire dans l’idée de se défaire de toutes responsabilités, met en présence deux acteurs majeurs : les chefs présentés comme moraux somme toute les initiateurs de la dénonciation et les démons populaires ou bouc émissaire autrement dit en anglais folk devils, des personnes ou des groupes de personnes désignées à la vindicte populaire. Il va sans dire, en effet, que le troisième acteur pour ne pas parler de larron, sera le restant de la société somme toute des français chrétiens et blancs de tout soupçon, plus enclins à succomber aux jugements hâtifs qu’à se faire une réelle idée de la situation. Nous ne sommes pas en train de dire que la périphérie serait dépourvue de tout problème, ce qui semble loin d’être le cas, nous sommes tout simplement en train de dire qu’amplifiés, tordus dans tous les sens qui plus est mystifiés les problèmes seront le plus souvent le fait de causes bien précises et d’aucune manière comme procédant d’une sorte de déterminisme socioculturel qu’il resterait à prouver. En cet endroit, les hommes politiques, les médias mais surtout les hyènes ricanantes et glapissantes vont plus s’essentialiser sur les conséquences que d’expliciter nécessairement les causes. Il y a comme des baffes qui se sont perdues dans les boqueteaux de certain pharisaïsme notoire. Quand bien même liée à controverse du moins dans un système en concordance avec les valeurs qu’il est censé défendre, la rumeur d’une périphérie, instable, ingérable voir ingouvernable sera alimentée par une couverture médiatique intense, acharnée qui en donnera souvent une image stéréotypée ou amplifiée et qui contribuera à la faire exister en tant que problème digne d’attention et de préoccupation. En cet endroit, l’opinion publique sera mystifiée presqu’à la limite de la transe. L’effet immédiat sera souvent un fait divers qui suscitera soit l’indignation soit la réprobation au nom de la norme dominante en pointant sans état d’âme un bouc émissaire individuel ou collectif à la vindicte populaire. On n’arrête pas la bêtise politique, on la combat qui plus est férocement. Dans cette façon d’instrumentaliser la périphérie, l’événement sera non seulement amplifié par les pseudo philosophes de plateaux de télévision, mais encore présenté comme annonciateur de répliques ou de symptômes essentiels d’une tendance considérée comme inaugurale au sens de l’absence de causes essentielles. Y a pas à dire, ce n’est certainement pas demain que la problématique périphérique se connaîtra une issue. Cette campagne de dénigrement manifeste donnera le champ libre aux entrepreneurs détestatoires qui se saisissent de cette opportunité et contribuera ainsi à produire un nouvel agencement social où il y aurait d’un coté la souillure et de l’autre l’immaculée conception, certes entre parenthèses. Partant d’un événement parfois exceptionnel qui servira de fenêtre de tir aux snipeurs de plateaux de télévision, la panique mentale que de telles approches susciteront, fictivement ou réellement sera en quelque sorte le socle à partir duquel toute la personnalité des banlieues sera mis à mal, flétrie, lacérée, martyrisée presque niée. Ainsi, d’un coté nous aurons l’arabe de service avec tout ce que cela sous-entend comme soumission et de l’autre nous aurons l’ arabe de sévices seul à même de représenter la périphérie dans sa totalité. En dehors de ces clichés ainsi entretenus d’une main de maitre qui plus est sans relâche, ce sera le néant. Le must quoi..... Serions-nous en train de dire que le traitement de la question périphérique requière quelque chose de l’ordre de l’honnêteté intellectuelle ? Pas seulement intellectuelle. C’est le moins que l’on puisse dire... La polémique faite autours des racailles des cités, réplique aggravée de la croisade morale contre « le lancer de nains », est un parfait exemple de cette ingénierie médiatico-politique dont la finalité ultime est pour le pouvoir dominant de surmonter une crise de légitimité en retrouvant un certain crédit politique auprès d’un électorat de plus en plus sceptique sinon désabusé. Peu importe les moyens employés, peu importe les fâcheuses conséquences qui inévitablement en découleront, ce qui compte c’est faire valoir une idée toute faite de la société et peu importe si l’on tourne le dos à nos réalités sociologiques les plus irréversibles.

Ni en sucre, ni en sel, ni ange ni démon, la périphérie va cependant passer à travers l’essoreuse de toutes les mystifications et quand on pense que cet incroyable cirque cela fait près d’un demi-siècle qu’il perdure, il y a vraiment de quoi se poser des questions quant à la probité de nos hommes politiques. Sans abuser sur le trait, les hommes politiques qu’adouberont sans retenue les hyènes ricanantes et glapissantes ainsi que le pouvoir médiatique, vont faire de la périphérie une puissance autonome presque maléfique par laquelle tout advient et censée expliquer toutes choses, presqu’à expliquer les ravages occasionnés par El Nino. Vous m’en direz tant.... Ainsi démonisée comment cette composante présentée comme particulière aurait-elle pu développer et nourrir une image positive d’elle-même et ainsi s’inscrire harmonieusement dans le concert de la société ? La question reste posée.... En fait, les hommes politiques toujours à chercher la petite bête là où elle n’est pas, vont introduire dans l’inconscient collectif un véritable cheval de Troie de telle sorte que le cheval ainsi introduit va devenir lui-même troyen en sorte que les individus certes conditionnés vont faire leur les idées d’autrui sans que quiconque ne s’aperçoive de la supercherie. Pendant ce temps là, la périphérie ronge son frein voir rue dans les brancards en donnant du grain à moudre à l’opinion publique cette grande déesse de la versatilité. Il est ensuite facile au pouvoir dominante de faire une belle démonstration de force en mobilisant les pouvoirs publics contre une périphérie pourtant inlassablement malmenée. C’est là sans conteste l’étape de l’inventaire dans laquelle sans surprise la cible de la panique sociale devient durablement synonyme de dérives sociales. Dans ce contexte pour le moins délétère, l’alchimie médiatique toujours en quête d’événementiel a transformé une démarche nécessaire en signe d’infamie citoyenne ce qui a nécessité une bonne dose d’exagération, de mauvaise foi, de malveillance et de simplification afin que l’on puisse user de l’arme pénale contre les contestataires.

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